Panama

Jean en Amérique Latine

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snooké à Huancayo

 Un mail de mon frère, Pierre daté du 1°septembre : Jacqueline, ma mère, va mal, elle a une tumeur au cerveau. elle est hospitalisée à Marseille, J'appelle Pierre : Elle souffre, elle a des problèmes pour trouver ses mots, mais est lucide. Elle doit être opéré mardi ou mercredi. Pierre insiste sur le fait qu'elle n'a pas le moral, qu'elle se laisse aller. Nous convenons qu'il vaut mieux, pour l'instant ne pas rentrer, pour ne pas l'inquiéter - rentrer d'urgence serait signifier qu'elle risque d'y passer. J'essaie de joindre Maman, mais elle ne répond pas, peut-être est-il trop tard - je veux dire qu'elle est couchée. Évidemment, je mets tous mes plans en stand by. Sans être paniqué, je suis quand même assez perturbé, je ne veux pas m'inquiéter, mais je ne peux m'empêcher de cogiter : Je viens de retrouver mon père, que je vais perdre ma mère, Ya comme une ironie, voir un grand con malicieux aux manettes. Je reste donc à Huancayo, c'est con, j'en avais marre de cette ville, et n'avait qu'une envie, c'est partir. Je tourne en rond. Je n'ai pas envie de faire des photos. Cette ville m'emmerde, en plus ya pas de lieux plaisants où être à la cool, c'est soit des bars-boîtes obscures et bruyants, soit des restaurants, où je n'ai pas envie de manger seul comme un con. Que faire, où aller ? Je n'ai pas envie de m'occuper de la mauvaise hypothèse, me renseigner sur le retour. Je tourne. J'ai envie de boire. À l'hôtel le gars de la réception à qui je demande s'il existe des lieux, où je pourrais boire sans me cogner la musique à font, me dit de ne pas y aller, que c'est mal fréquenté, que je vais m'y faire agresser, d'autant plus que je suis seul - Décidément ils ont peur chez eux, qu’est ce que ça doit être à l’étranger - Le billard ! II y a de la bière et l'endroit est tout sauf mal famé. J'y bois ma binouze en regardant une table de vieux, les mecs sont cool, ils rigolent, je passe un moment agréable et fais des photos.
Snooker
Ce matin quand je me lève, à part l'idée de l'expresso, c'est pas la joie : appeler Jacqueline, qui va mieux, elle a même parler à Anne de Sarko, c'est dire. L'opération aura lieu à 14-15 h, heure française, je retourne à l'hôtel, où je me laisse aller, la fatigue, peu dormis cette nuit. Un coup de mou : cette ville me pèse, et je m'y sens coincé. Je fais un point sur mon périple, et je m'aperçois que les jours perdu ici, me seront comptés - ai-je encore le temps de le perdre - Puis j'appelle ma fille : petit moment de joie. Retour à l'hôtel où je daube sur le lit, broyant du gris. Je décide de me bouger : au moins si j'en ai marre d'être ici, que je sois prêt à en partir, donc je vais me renseigner sur le bus pour Ayacucho, rien que d'apercevoir la sortie me booste. Du coup plutôt que de retourner à l'hôtel, je traîne dans les rues de derrière, celles qui sont envahies par le méta-marché.
Huancayo
Pour une fois je n'ai pas mon appareil photo, je suis léger, mes petits mots dans les poches, rien de plus. Je me balade tranquille, le grouillement me ramène à la vie, je suis petit à petit emporté par son évidence, les odeurs, les cris, les fruits, les bruits, tout est vie, ici.
Je marche d'un pas de plus en plus léger, je sourie aux gens, qui me regardent étonnés. Je me dis que je suis mûr pour l'Inde, et si je suis encore ici samedi, jour d'affluence, je me ferais une bonne séance photo. Ensuite je vais au billard pour boire une bière. Il est bondé, dommage que je n'ai pas mon appareil. Des jeunes me proposent de jouer, je suppose que c'est un plan pour me pigeonner, d'autant plus que je joue comme une bille, mais ça ils ne le savent pas encore, je n'en connais même pas les règles, mais en assurant mes arrières, je ne risque pas grand chose. J'accepte.
Huancayo
Ils sont toutes une bande, qui rient ensemble, ils sont très jeunes : la vingtaine. On joue, je n'assure pas un cachou, mais petit à petit ils me posent des questions, me conseillent, m'aident. Le courant passe. je leur offre des clopes, la partie s'éternise, et m'emmerde, je les laisse finir. J'ai perdu, je dois payer la table, une misère. Puis ils me proposent d'aller boire un verre, je reste méfiant, mais accepte. Je paye deux bières, on discute, ils sont sympas, cool et drôles, et en plus, sains, pas en train de profiter, d'ailleurs ils offrent la suivante. Ils veulent m'emmener demain prendre des photos, on fixe un rendez-vous.
L'opération s'est bien passée, ou plutôt normalement - le médecin est waterproof, il ne se mouille jamais – donc je vais pouvoir reprendre la route.
Une dernière journée, que je passe avec Luis, un des petit jeune (17 ans, vraiment Jean tu m’inquiètes ) puis une dernière soirée, dans un autre hôtel avec une ambiance familiale, ça change des soirées seules, puis j'en ai peut-être besoin, en tout cas j'apprécie.
Demain enfin je trace.