Panama

Jean en Amérique Latine

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Pêche au gros

 

Darien
Ça fait bien 40 ans que je n’ai pas passé un bon moment avec mon père, et encore pour mes quatre premières années, n’ayant aucun souvenir, je lui donne le bénéfice du doute. Et me voilà avec lui dans un avion en route pour le Darien, l’extrémité est de Panama, où nous allons faire une de semaine de pêche au gros dans le Pacifique. La patience n’a jamais été mon fort, alors la pêche n’en parlons pas… Mais bon il n’est jamais trop tard pour apprendre l’une, tout en goûtant l’autre, et puis cette pêche est dite sportive, alors pourquoi pas. Enfin mon père et moi vieillissant, il était temps d’en finir avec toutes ces histoires J’ai donc accepté son invitation.
Tropic Star Lodge
Le Tropic Star Lodge, club mythique de pêche, est situé au fond de la baie de Piñas, juste avant la frontière avec la Colombie, c’est un îlot de luxe et de confort au milieu d’une région couverte d’une jungle inexpugnable et dangereuse, le seul moyen d'y acceder est l'avion.
La clientèle, à 80% américaine, est avant tout mordue de pêche et ne parle, du matin au soir, que de poisson - ça risque d'être un peu long.

 

Départ dans l’aube pour le récif où nous attrapons des amorces. Pour un néophyte, c’est déjà de la pêche, des petits thons ou bonites, mais ce ne sont que les appâts pour nos prochaines victimes. (si je vous ai mit cette photo c'est pas pour vous montrer que j'ai pécho un petit thon - ça m'arrive - mais pour montrer la taille des appâts, je vous laisse imaginer celle des poissons qu'on espère prendre avec ça au bout du fil ).
Ensuite nous rejoignons notre zone de pêche. L’eau est très poissonneuse et l’attente courte. Une touche. Mario, le marin indien, se rue sur la canne, ferre le poisson, et nous passe la ligne, délivrant son diagnostique : « vela » ou « thuna » voir « bonita ». Et le sport commence. Tout le jeu est de ramener un poisson qui pèse dans les 30 à 60 kilos, voir plus, et résiste de toutes ses forces, avec une ligne qui n’en supporte que 20, 30 ou 50. Plus la ligne est fine, moins le frein est puissant – pour qu’elle ne casse – et plus le combat est long et éprouvant, mais c’est là que réside le plaisir de cette pêche. Parfois, quand on accroche un petit poisson avec une ligne trop solide, le combat, trop inégal, n’a pas d’intérêt, c’est comme remonter de la viande avec treuil, mais parfois c'est l'éclate...

 



Le soir à l'hôtel ivre de soleil, on se raconte des histoires de poissons, de combat de plusieurs heures contre un énorme marlin bleu . Le Marlin, c'est un monstre, un espadon, qui peut peser jusqu'à 400kg, mesurer prés de 6 m, et nager à 100 Km/h - le roi des poissons, le rêve du pêcheur. Alain, a attendu prés de 25 ans avant d'en avoir un, mais quand celui ci a mordu à son hameçon, le combat à duré plus de 7 heures, avant que la ligne ne casse et que le marlin s'en aille, laissant Alain pantelant ( cette photo pour vous montrer à quoi ça peut ressembler un gros marlin - malheureusement on a pas vu la couleur dun marlin bleu, ni du cheval blanc ...).
Donc côté poisson, c'est pas le top, côté famille, c'est pire : rien ne se passe, rien ne se dit non plus. Faut dire que la journée, entre deux poissons, nous attendons dans le bruit du moteur, pas idéal pour discuter. Et le soir, au restaurant de l'hôtel, à table avec les autres pensionnaires et les marlins, c'est encore pire.
Mais sommes nous là pour discuter, puis que dire...
Puis un jour, alors que le soleil cogne, Françoise me conseille de mettre de la crème solaire - je suis déjà à moitié carbonisé - Alain, me tartine le dos en plaisantant : "je ne me souviens pas l'avoir déjà fait." - moi je suis sûr que ça n'est jamais arrivé, mais maintenant c'est fait ! Il n'est jamais trop tard...

Le dernier jour, alors que la mer était formée, avec des vagues de plus de deux mètres, une bonite a mordu à mon hameçon. Je tire sur la canne, le poisson résiste, mais je grignote quelques centimètres, quand je sens qu’il cède, je baisse ma canne en moulinant pour avaler le fil, puis recommence. Lentement j’arrive à l’amener à quelques mètres du bateau, je vois ses reflets verts sous l’eau à la poupe. Je tire encore. Mais l’animal, terrorisé par l’énorme chose qui l’attire, jette ses dernières forces dans la bataille et s’enfuit. Le moulinet se dévide dans un bruit métallique. Tout est à recommencer ! La bonite a de la ressource, j’ai mal aux bras et les vagues compliquent la tâche, il me faut constamment trouver l’équilibre, entre la traction du poisson et le roulis du bateau. Le poisson résiste, la mer grossie et je me bats. Le manège dure ainsi une demie-heure. Mais je sens que l'animal faiblit. Enfin j’arrive à le traîner jusqu’au bateau. Mario se jette sur lui gaffe à la main, et l’éperonne. Puis nous le hissons sur le pont. J’ai les bras tétanisés, mais je me suis régalé. J’entrevois enfin le plaisir que ce doit être d’affronter un marlin.

Pour les pissent vinaigre écolo et autres aigrefin du naturel, je tiens à préciser qu'ici se pratique le "catch and release", ce qui veut dire, qu'à part les poissons destinés à la consommation des marins et de l'hôtel, les autres sont relachés avec une bonne frousse et une gingivite carabinée, mais rien de plus

Le dernier soir j'entends parler de Jaque (Yaquet), un village proche, d'où je pourrais relier le village indien de Biroquera, avant de m'enfoncer dans la forêt et atteindre des petits villages beaucoup plus reculés et sauvages. Mais, tous me mettent en garde contre les périls de cette expédition, car en plus des dangers propres à la jungle, celle ci, proche de la frontière colombienne, grouillerait de FARC, paramilitaires et autres trafiquants de drogues, tous plus méchants les uns que les autres.
je m'acorde une nuit de réflexion : je reporte mon retour à Panama city de deux jours et plonge dans la selva, ou je rentre avec Alain et Françoise dans les hôtels de luxe de la capitale - selva ou jungle urbaine ? Confort et sécurité ou aventures ?
Que va faire le Jeannot ?
Je vous le donne en mille...